Swinging Shepherd Blues

Année de l'intronisation: 2016
Époque d'intronisation : Époque radiophonique
Année de composition :1957
Parolier(s) :n/a
Compositeur(s) :Moe (Morris) Koffman

Personne ne fut plus surpris que le musicien jazz Moe Koffman lui-même lorsque sa pièce instrumentale Swinging Shepherd Blues a pris le contrôle des palmarès pop au début de 1958.

Pendant l’enregistrement de son premier album pour Jubilee Records à Toronto au début de 1957, le musicien et compositeur canadien Moe Koffman a demandé aux membres de son quartet de lui écrire une pièce jazz pour flûte. Mais lorsque ceux-ci n’ont pas livré la commande, il s’est dit qu’on n’est jamais si bien servis que par soi-même et a composé une pièce instrumentale intitulée Blues à la Canadiana. Koffman et les membres de son quartet — Ed Bickert, Hugh Currie et Ron Rully — ont tous été surpris lorsque le producteur de leur album, Morty Palitz, a suggéré qu’en renommant la pièce Swinging Shepherd Blues, elle pourrait devenir un succès.

Dans une entrevue accordée au quotidien Montréal Gazette en 1973, Koffman disait « Cette chanson n’a jamais été destinée à devenir un succès de palmarès et personne ne se serait attendu à ça… Les amateurs de jazz et les radios jazz l’aimaient, mais sans plus. »

Mais le musicien était trop modeste. Lorsque l’album « Cool and Hot Sax » est paru, le DJ de Chicago Marty Faye a immédiatement commencé à jouer Swinging Shepherd Blues sans arrêt. D’autres stations ont emboîté le pas et lorsque Johnny Pate a lancé sa version, Jubilee a relancé la version du Koffman Quartette en tant que simple avec Hambourg Bound sur la face B. Koffman a adopté le titre de sa pièce comme surnom – The Swingin’ Shepherd, et celle-ci est devenue sa pièce signature. Le succès de son enregistrement de 1958 l’a propulsé sur la scène internationale en tant que flûtiste et a par ailleurs popularisé cet instrument dans le domaine du jazz.

En janvier et février 1958, la version originale de Koffman affrontait sur les palmarès la reprise de Pate ainsi qu’une autre par David Rose and His Orchestra. La version de Koffman était alors en 23e position du palmarès Billboard. Elle a également passé trois mois sur le palmarès des simples Cashbox et s’est classée au 4e rang du palmarès de la station torontoise CHUM.

Au même moment, au Royaume-Uni, la pièce de Koffman était, là aussi, engagée dans un combat à trois pour une place sur les palmarès tandis que la version big band enregistrée par Ted Heath grimpait jusqu’en 2e position tandis que la version vocale de l’incomparable Ella Fitzgerald atteignait quant à elle la 15e position. Elle avait enregistré cette version le 19 mars 1958 après que Rhoda Roberts et Kenny Jacobson y aient ajouté des paroles au sujet d’un berger et de son troupeau de joyeux moutons dansants. La première version vocale avait néanmoins été enregistrée par Kirk Stuart and The Honeydreamers. Quant à la partition, elle a été un best-seller tout au long des mois d’avril et mai 1958.

Des succès pour flûte jazz, personne n’avait jamais entendu ça jusqu’alors. Malgré cela, Swinging Shepherd Blues n’a eu aucune difficulté à tenir tête aux monstres sacrés du « easy listening » tels que Connie Francis, Pat Boone, Nat King Cole et Frank Sinatra, ou à ceux du rock comme Elvis Presley, Jerry Lee Lewis et Chuck Berry, sans oublier ses compatriotes canadiens The Diamonds et Paul Anka.

Comme le disait encore Koffman à la Gazette, « Le succès de Swinging Shepherd Blues… est le genre de chose qui n’arrive qu’une seule fois. Je suis fier de l’avoir écrite et je suis content qu’elle ait connu autant de succès. Mais il est peu probable que j’écrive un autre succès de cette envergure un jour. Et vous savez quoi?? Je n’en ai pas envie. Je l’ai fait une fois. »

Durant les soixante ans d’existence de Swinging Shepherd Blues, la pièce récompensée d’un Prix BMI a été interprétée à la sauce jazz, « easy listening », latino, classique et même country, tant par de grandes vedettes que des fanfares. On retrouve sur la liste des artistes qui l’ont interprétée des noms comme celui du tromboniste Rob McConnell, le pianiste montréalais Oscar Peterson, les flûtistes Herbie Mann, Paige Brook, Bill McBirnie et Alvin Hayes, les chefs d’orchestre et arrangeurs Henry Mancini, Mantovani, Count Basie et Xavier Cougat, le vibraphoniste Tito Puente, le clarinettiste Woody Herman, l’accordéoniste Dick Contino, le guitariste Duane Eddy et les chanteuses Natalie Cole et Ranee Lee.

Koffman a réenregistré son succès à quelques reprises incluant une version twist en 1962, une autre sur « Moe Koffman Goes Electric » (1968) et en spectacle sur l’album « Moe Koffman – Live at George’s » (1975).

Né à Toronto, Moe Koffman (1928 – 2001) jouait de la flûte, du saxophone soprano, alto et ténor, ainsi que de la clarinette. En 1950, il s’est rendu à New York où il a joué dans divers big bands, incluant celui de Jimmy Dorsey. Il est rentré au Canada en 1955 et y a formé son propre groupe de jazz — un quartet qui est plus tard devenu un quintet — qui est devenu en quelque sorte l’orchestre maison du club jazz George’s Spaghetti House de Toronto et qui a lancé deux albums certifiés Or, « Moe Koffman Plays Bach » et « Vivaldi’s Four Seasons ». En 1988, Moe Koffman a enregistré la pièce « Oop-Pop-A-Da » mettant en vedette Dizzy Gillespie, un des plus grands trompettistes de l’histoire. Moe Koffman a été fait membre de l’Ordre du Canada et récompensé d’un Prix SOCAN, en plus d’être intronisé au Panthéon des auteurs et des compositeurs canadiens ainsi qu’au Panthéon canadien du jazz et du blues.

Swinging Shepherd Blues

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Lecture Swinging Shepherd Blues - Jane Bunnett, Rob Korb, Jake Koffman