Jim Cuddy pose un regard sur son illustre carrière et son nouvel album | Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens
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Jim Cuddy pose un regard sur son illustre carrière et son nouvel album

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Par Karen Bliss

Le 28 septembre 2024, Jim Cuddy, cofondateur et cocréateur du groupe Blue Rodeo, prendra une petite pause durant la tournée pour son plus récent album solo, All the World Fades Away, le temps d’être intronisé au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens au Massey Hall de Toronto, aux côtés de Greg Keelor, son partenaire créatif et ami au sein du précieux groupe de musique roots canadienne.

Dàs leur premier album Outskirts (1985), où l’on retrouvait l’indémodable ballade « Try », ainsi que « Rose-Coloured Glasses » et leur tout premier simple « Outskirts », et au fil des 15 albums qui suivront, dont leur plus récent, Many A Mile (2012), le duo a écrit succès après succès qui font désormais partie de nos vies : « 5 Days in May », « Bad Timing », « Til I Am Myself Again », « After the Rain », et tant d’autres. Le groupe compte 13 JUNOs et a été intronisé au Panthéon de la musique canadienne en plus d’avoir sa propre étoile sur l’Allée des célébrités canadiennes.

Cuddy avait entrepris l’écriture de son nouvel album solo durant la pandémie, mais l’a mis sur la glace quand Keelor lui a passé un coup de fil en disant qu’il était temps de travailler sur un nouvel album de Blue Rodeo. « J’ai tout arrêté et j’ai commencé à écrire pour Blue Rodeo », raconte-t-il. Une fois cela fait, il a repris son travail sur son propre album pour mettre la touche finale à des chansons qui « font beaucoup référence à des histoires très personnelles. »

Jim Cuddy s’est entretenu avec Karen Bliss à propos de son intronisation au PACC, de ses sources d’inspiration et de la raison pour laquelle il ne prend jamais le temps de relaxer un peu.

Blue Rodeo est intronisé au Panthéon de la musique canadienne et à son étoile sur l’Allée des célébrités canadiennes. Quelle différence la reconnaissance du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens fait-elle pour toi?
Cette reconnaissance est différente. C’est une des seules pour laquelle Greg et mon on s’est mutuellement félicités d’avoir reçue. Les autres étaient des reconnaissances partagées destinées au groupe pour souligner notre effort collectif en tant que groupe au cours des 40 dernières années. Le Panthéon [des auteurs et compositeurs], c’est là que ça se passe. Ça récompense les chansons qu’on a écrites chacun de notre côté ou ensemble. Pour Greg et moi, c’est une reconnaissance historique parce que ça couvre tout ce qu’on a fait depuis le début quand on faisait juste jouer de la guitare ensemble et qu’on se jouait mutuellement les chansons qu’on avait écrites. C’est un véritable honneur d’être célébré pour quelque chose qui, à nos yeux, est un accomplissement essentiellement personnel.

Greg et toi travaillez ensemble dans Blue Rodeo depuis 40 ans.
On a fondé notre premier groupe en 1978 [The HiFi’s], alors ça fait pas mal plus longtemps que ça.

Pourtant, vous trouvez encore des sujets pour des petites capsules de trois minutes trente.
Je n’ai jamais eu l’impression que c’est difficile de trouver des sujets. Quand [l’autrice] Mavis Gallant est morte, j’ai lu une entrevue qu’elle avait donnée un jour où on lui avait demandé « Comment faites-vous pour trouver autant d’histoires à propos de gens ordinaires? » et elle a répondu « je n’ai jamais rencontré qui que ce soit d’ordinaire. »Je pense que c’est vrai pour tout le monde. On vit toutes et tous ces expériences chaque jour, on rencontre des gens, on parle aux gens, on voit plein de choses, comment pourrait-on manquer de sujets? Il se passe assez de choses dans ma vie pour que je trouve quelque chose à écrire.

Est-ce qu’il y a des thèmes, ou même des mots que tu as remarqué que tu utilises souvent? Si on tapait ton nom dans ChatGPT, quels résultats obtiendrait-on?
Absolument. Au fil du temps, j’ai élaboré une certaine perspective de la vie. J’en suis très conscient sur mon album solo. Je suis très conscient qu’il y a un certain degré de fatalisme. Je suis très conscient que je me fous [rires] de certaines sensibilités. Je suis super conscient qu’il y a des images que j’utilise tout le temps. Écoute, je me souviens qu’à un de mes partys de fête, quelqu’un avait fait un tableau de mes paroles de chanson pour me « roaster » et le mot « rain » était dans pratiquement toutes les catégories! C’est clair que je fais ça. J’ai aussi une structure de chanson qui revient très souvent. Je suis conscient de tout ça, et je suis à l’aise avec ça. Je pense que ça me convient parce que ça permet à ma voix de faire certaines choses et ça me permet de raconter mes histoires d’une certaine façon.

Bref, avec celui-ci [All the World Fades Away], il y a une chanson qui s’appelle « Everyday Angels » qui est comme une chanson à répondre. Le « call » parle d’une personne qui réalise à quel point la vie est belle, mais elle ne sait pas comment accepter cette réalité. Les réponses sont légèrement sarcastiques et elles ne sont pas toujours gentilles [rires] et rassurantes. C’est ce genre d’humour que Greg et moi on partage tout le temps. J’ai demandé à Greg de chanter ces réponses [rires] et c’est tellement parfait. Je veux dire, c’est comme ça qu’on se parle au quotidien. Il est le chœur grec de mon innocence. Bref, je suis conscient que ma perspective informe mes chansons.

Tu as écrit la chanson « Impossible » pour l’épouse de John Mann, Jill Dunn [Mann était le chanteur du groupe Spirit of the West. Il est mort de la maladie d’Alzheimer précoce à l’âge de 57 ans en 2019]. Les notes de l’album mentionnent que leur fils a « eu des problèmes de santé mentale et a vécu sur la rue pendant un certain temps. »Ressens-tu une certaine responsabilité de leur demander si c’est OK que tu entres dans les détails?
Premièrement, personne ne m’avait jamais envoyé les notes pour que je les relise, mais, oui, quand j’ai écrit la chanson et que j’ai commencé à en parler un peu, j’ai réalisé que ce n’était pas mon histoire. J’ai donc envoyé la chanson à Jill et je lui ai expliqué de quoi ça parle en lui demandant la permission de continuer, et elle m’a répondu qu’elle devait d’abord en discuter avec son fils. Elle en a parlé avec lui et il m’a envoyé un mot pour me dire qu’il comprenait que ça parlait de l’amour inconditionnel d’un parent pour son enfant et que pour cette raison, il me donnait sa permission.

Il y a plein de groupes dont les membres ne font pas de projets solo. Les fans perdent la tête et tout le monde pense que ça signifie la fin du groupe. As-tu vécu ça quand tu as lancé ton premier projet solo?
Ouaip. Le premier album solo, c’est Greg qui l’a sorti [Gone, en 1996] et c’était à un point bas de nos relations. Greg est parti enregistrer son album avec le producteur Pierre Marchand sans vraiment nous en parler. Il a foncé. J’ai enregistré mon propre album solo comme une forme d’autodéfense. Je me suis dit « je n’ai aucune idée s’il va revenir, alors je devrais me faire une idée si je suis capable de faire ça tout seul ». Je ne le savais vraiment pas. J’ai toujours travaillé en partenariat depuis que j’ai commencé à faire de la musique, alors je n’avais aucune idée si j’étais capable de le faire en solo. Évidemment, c’était stupide de penser ça vu que c’était ça que je faisais de toute façon, mais dans un collectif, alors faire un album solo a été très facile. Ç’a donné le coup d’envoi à d’autres albums solo au sein du groupe.

Le bon côté de ça c’est que tout le monde avait l’impression comme s’ils avaient une nouvelle parution. Un groupe de musique peut avoir un côté dictatorial dans le sens où la personne qui écrit les chansons ou dirige le groupe est parfois moins ouverte qu’elle le devrait aux propositions et aux idées et se contente de dire « c’est ça qui est ça ». Ça peut devenir frustrant pour les autres. Mais quand ils font un album solo, ils peuvent le faire exactement comme ils veulent, mais en plus ils découvrent le poids de la responsabilité qui vient avec le fait de tout faire soi-même. Donc, après un album solo, tout le monde revient au bercail en se sentant plus à l’aise de travailler en groupe. Par contre, ça veut aussi dire que tous les membres du groupe sont maintenant des producteurs et tout le monde sait comment produire un album, ce qui ouvre la porte à une toute nouvelle catégorie de conflits potentiels [rires].

N’empêche, je pense que ç’a été très bénéfique pour tout le monde d’avoir d’autres projets musicaux au fil du temps. Quand tu fondes un groupe, c’est toujours avec la fougue de la jeunesse. Tu te dis que c’est tous pour un et un pour tous, que vous allez être unis et gérer ça en équipe, mais c’est très difficile de grandir dans un groupe tout en gagnant en maturité et en indépendance.

Les disques solos sont bons pour ça. Maintenant, tous les membres du groupe se sentent à l’aise de jouer avec d’autres musiciens, d’avoir des projets solo, de chanter sur leurs projets et même de s’entraider sur leurs projets solo respectifs. Rendus où on en est, rien de ça ne fait de mal au noyau de notre collectif. C’est même bénéfique et ça le solidifie.

J’ai l’impression que tu ne prends jamais de pause. On n’a jamais l’impression que tu te dis « OK, ce cycle est terminé pour Blue Rodeo, je vais prendre deux ou trois mois pour “chiller”. » Chacun de vous est déjà occupé par un autre projet ou en train de jouer avec d’autres musiciens même si c’est juste pour le plaisir, que ce soit au Horseshoe, au Rivoli ou au Dakota. Des bien plus petites salles que ce à quoi vous êtes habitués.
Je pense qu’à divers degrés, on est tous motivés par l’activité. Certains d’entre nous ont besoin de plus de repos que d’autres [laughs] et on a tous accepté ça. Personnellement, je n’ai aucun intérêt pour une pause de trois mois. Ça ne me parle pas et c’est pas comme ça que mon moteur fonctionne. Des fois les gens regardent notre horaire et trouvent ça beaucoup, mais pour moi, les déplacements sont difficiles, mais le fait de jouer sur scène pendant une heure et demie ou deux heures n’a absolument rien de fatigant. La musique, dans 90% des cas, est extrêmement revigorante. Tu te sens vraiment bien après. Je suis vraiment content que tous les membres du groupe jouent autant. Ça garde leur talent bien aiguisé, ça garde nos esprits alertes et on n’est pas des golfeurs ou des vacanciers, alors c’est un juste équilibre.

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